A 18 ans, quand j'ai dû interrompre mes études, suite à mon viol, j'ai dû trouver du travail rapidement.

J'étais brisée par ce viol, mais aussi qu'il ait fait voler mes études, en éclats.

Je n'avais déjà pas été contaminé par le VIH, c'était déjà une bonne chose.

Pour commencer, j'ai accepté tous les « petits boulots »

 J'ai commencé à travailler dans une petite surface de quartier en tant que serveuse en charcuterie/fromagerie.

Physiquement, j'ai tenu une semaine. J'ai vu mes chevilles gonfler à vue d’œil, je ne pouvais plus marcher et me suis retrouvée alité. J'ai fait intervenir un médecin en urgence, qui m'a dit d'arrêter cet emploi, sur le champs.

 Après, j'ai travaillé un mois au téléphone rose et vu mes exploits en la matière, j'ai été remerciée à la fin de la période d'essai.

 Ensuite, j'ai fait de la vente au porte à porte.

Je vendais des horloges en ardoises peintes, au pochoir.

Et là, j'ai été aidé par une dame.

Je transportais mon gros sac d'ardoises, j'avais mal aux jambes, je ne pouvais presque plus marcher.

J'ai sonné chez une dame, qui m'a dit gentiment qu'elle n'était pas intéresséec car elle était artiste-peintre.

Et là, j'ai pété un câble, en lui disant : « Moi aussi, je suis artiste-peintre et ce que je vends est hyper moche. En plus, j'ai froid, j'ai mal aux jambes, vous ne pouvez pas imaginer »

 La dame a été très surprise et m'a proposé de m'inviter à boire un chocolat chaud.

Elle a bien vu que je boitais sévère et m'a demandé ce que j'avais.

Je lui ai dit que j'étais handicapée et que j'avais déjà eu 17 interventions chirurgicales.

Et là, elle m'a dit que je devais faire une demande de reconnaissance adulte handicapé, car j'avais des droits.

Et que si il y avait un problème, son mari était un très grand avocat.

Moi, je ne me suis jamais vraiment estimée handicapée car mes parents on rejeté le handicap, et j'ai vécu comme tous les enfants.

 Du coup, je suis allée voir mon chirurgien et il a rempli le certificat médical, pour obtenir l'AAH.

Il ne s'est pas ennuyé, il a tout barré et en conclusion à noté « syndrome de Ehlers Danlos, 17 interventions chirurgicales»

Quand je suis arrivé au CCAS pour donner mon dossier, l'agent administratif, s'est foutu de moi. Il m'a dit : « C'est avec ce peu que vous comptez avoir l'AAH ? »

Je lui ai répondu que toutes les preuves, je les avais sur moi.

 

Après, j'ai fait une formation de caissière, à AUCHAN Bagnolet.

Là, je peux affirmer que ça a été folklorique.

Les deux premiers mois se sont bien passés.

On avait surtout des cours théoriques et la formation était intéressante.

Après, ça a été la pratique, sur le terrain.

 

A l'époque, les caissières avaient une tenue réglementaire. Un chemisier et une jupe plissée, rouge.

Vu l'état de mes jambes, je ne pouvais pas porter une jupe plissée, au dessus du genou.

Comme m'a grand-mère était couturière, j'ai demandé à la direction si elle ne pouvait pas me faire un pantalon rouge, et dans le même tissus. Ça m'a été refusé. C'était comme ça, pas autrement.

 

La dame qui s'occupait de distribuer les uniformes était vraiment désolée, pour moi.

Pour avoir quelque chose d'assez long, il me fallait une taille 42, alors qu'à l'époque, je faisais du 36.

Pour tenter d’être au mieux, j'avais mis une large ceinture en élastique noir.

 

Un matin, quand je suis arrivée, que j'étais avec toutes les collègues, une responsable est passée et a « crié » devant tout le monde : « Regardez-moi ce sac à patates »

Je ne me suis pas dégonflée et devant tout le monde, j'ai levé ma jupe, et j'ai dit : « C'est mieux, ainsi ? »

La responsable était dans ses petits souliers et les collègues ne rigolaient pas. C'était la consternation générale.

 La responsable m'a convoqué dans son bureau et m'a dit : « Pourquoi vous ne me l'avez pas dit ? »

Moi : « Vous ne me l'avez pas demandé. J'ai soumis une idée à la direction, un arrangement qui a été refusé »

Même après cet épisode des plus dégradant, la responsable m'a seulement dit de faire de mon mieux, mais la tenue est pareille, pour tout le monde.

A partir de ce point, j'ai commencé à déconner sévère, en caisse.

 Pour commencer, je refusais de ranger les articles, dans les sacs des clients. Je disais que les pédales ne fonctionnaient pas.

Une cliente est arrivé et il n'y avait pas le prix sur la botte d’échalotes. Comme l'appel d'urgence ne fonctionnait pas, j'ai demandé à combien, elle estimait sa botte ?

Elle a été très surprise. 1 franc 50, ça vous va ? et hop, le tour était joué.

 Un autre client avait volé une poussette. Elle était sous le caddy.

Je lui et fait remarquer et lui ai dit : « J'ai rien vu »

Un autre client m'avait fait sué sévère. Excédée, je lui ai dit qu'il pouvait partir avec son caddy, sans payer... Moi, j'annule tout et terminé.

 Un jour, le Directeur qui avait dû remarquer des choses, est venu me voir, en caisse.

Il m'a dit : «Pourquoi vous n'utilisez pas les pédales, pour les sacs » J'ai répondu qu'elles ne fonctionnaient pas.

Il m'a dit d'essayer et ça a très bien marché.

Il n'en a pas dit plus et il est parti

Quand je suis rentrée à mon centre de formation, je savait qu'il se passerait quelque chose et que je serai virée.

Un soir, quand je suis rentrée chez moi, miracle.... J'avais reçu le courrier de la COTOREP, et j'étais reconnue à 80 % d'invalidité.

Comme on reçoit les ressources, dès le dépôt du dossier, je me suis retrouvée avec 40 000 Francs

Je me suis précipitée d'écrire ma lettre de démission.

 

Le lendemain, quand je suis arrivée à mon centre de formation, j'ai été convoqué par la direction.

Quand je suis rentrée dans le bureau du directeur, je lui ai dit que c'était inutile de me virer, c'est moi qui démissionnais. Je venais de gagner au Loto.

Vous auriez du voir la tête du directeur. La mâchoire lui en est tombée. Je suis partie en claquant la porte.

Je pouvais enfin prendre mon temps pour me trouver un emploi adapté.