Mon viol s'est passé près de mon école. J'avais 16 ans et demi.

C'était un mercredi, en avril 1989.

Je n'avais pas cours l'après-midi, et ma mère m'avait donné de l'argent, pour acheter des vêtements et du tissus.

Mon école était à Place de Clichy.

 

Après les cours, j'ai été me promener vers Barbes et le Marché Saint Pierre.

Quand on se promène, on ne fait pas toujours attention où l'on va.

Je déambulais dans les rues et soudain, je suis tombée sur une rue déserte, avec que des rideaux de fer.

Au bout de cette rue, il y avait un bar fermé, avec une devanture rouge, où il y avait inscrit « Au Bon... » Je n'ai pas retenu le nom complet.

Là, j'ai été surprise par trois individus qui m'ont demandé de les suivre. l'un était armé.

Il m'ont fait remonter la rue et mon entraîné, dans la cave d'un immeuble.

Je me rappelle qu'une vitre de la porte cochère était cassée.

De toute évidence, ils savaient où ils allaient car il m'ont entraîné dans une cave aménagée.

Il y avait un matelas et un coin kitchenette.

 Là, ils m'ont violé, tous les trois. Pendant l'acte, je me demandais ce qu'il allaient faire de moi, après. Je pensais juste à la mort.

 Ils ont fait leur affaire et sont partis, me laissant sur place. Il ne m'avaient pas volé mon sac à mains ,ni mes sacs de courses.

Ils voulaient seulement me violer.

Quand il sont partis,je me rappelle seulement ramasser mes sacs de courses et plus rien.

J'habitais Bezons (95) et je ne sait plus comment je suis rentrée. (deux heures du lieu du viol)

 

J'ai repris conscience, quand je suis arrivée chez moi.

Quand je suis rentrée, comme j'étais blanche comme un linge et complètement mouillée, ma mère a hurlé : « Mais qu'est-ce que t'as encore avalé ? »

Je lui ai seulement répondu spontanément : « Rien, je me suis fait violer »

Ma mère s'est mise a crier et a appelé immédiatement, le commissariat.

Ils ont dit à ma mère que je vienne en l'état, sans me changer.

Nous sommes allées porter plainte, au commissariat de Bezons. Ils ont pris ma déposition.

Ensuite, j'ai été transportée dans un hôpital médicaux judiciaire, pour faire le kit de viol.

A l'époque, on ne pouvait que déterminer les groupes sanguins des violeurs. Ils ont retrouvé 3 groupes sanguins différents.

 Je suis tombée sur un médecin légiste très intelligent qui m'a dit que le VIH (sida) pouvait se déclarer 7 ans plus tard et qu'il faudrait que je fasse un dépistage, dans trois mois.

A cette époque là, on était en plein boom du sida, la bête noire de tout le monde, et où il se racontait tout et n'importe quoi.

Il ne me restait que mes yeux pour pleurer et attendre trois mois pour faire un test du sida, car on ne pouvait pas savoir si les violeurs étaient contaminés.

 

Comme mon viol s'est passé sur Paris, j'ai été convoquée par la brigade des mineur de Paris.

Ils on repris ma déposition et nous avons patrouillé une après-midi entière, pour que je retrouve la rue. Comme j'ai été amnésique suite au choc émotionnel, j'ai été incapable de me souvenir de la rue. J'ai donné le peu de renseignements que je pouvais. On ne l'a pas retrouvé., à cause de mon amnésie.

Pour rentrer chez moi, la brigade des mineur a déduit, vu les lieux, que j'avais pris le Métro à Barbes Rochechouart ou le métro à La Chapelle.

 

Comme j'étais dans une école de dessin publicitaire, admise sur concours, je ne voulais pas risquer que cela se sache de peur que l'on me renvoi.

Dès le lendemain, je suis retournée à l'école.

 De son côté, ma mère en avait un peu rien à faire.

Dès le lendemain, elle a été au travail et a repris le cours de sa vie, comme si rien n'était arrivé.

 Quelques années après, elle m'a appris qu'elle avait fait interrompre les recherches judiciaires, sous un motif bouleux. Vu mon âge, ce n'était pas à elle de faire interrompre les recherches, même si on aurait eu du mal à retrouver mes agresseurs.

Comme a dit une policiers, rechercher trois magrebins à Barbes, c'est comme chercher une puce sur le dos d'un chien.

 Au bout de deux mois et demi, j'ai craqué complètement, et je me suis retrouvée dans un hôpital psychiatrique.

Comme c'est tombé au moment des vacances, l'école n'en a rien su.

Quand je me suis fait violer, mon grand-frère a dit à ma mère qu'il fallait que je soit armée. Ma mère m'a acheté un pistolet, 8mm, balles à blanc, lacrymogène et grenailles.

 Comme je ne voulais pas être internée, dans ma valise, j'avais pris mon arme.

J'ai été conduite à l'hôpital, par le commissariat. ma mère les a suivi.

Quand je suis arrivée dans le bureau infirmier, j'ai sorti mon arme et je l'ai ponté sur ma tempe, en disant que je préférais mourir, que d'être enfermée, dans ce type de structure.

Et là, je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais ma mère a poussé mon bras et j'ai tiré une balle dans la vitre du cabinet infirmiers .

J'ai été très surprise... Les infirmiers en ont profité pour me sauter dessus et m’enfermer en isoloir

Et là, j'ai vécu l'enfer, sur terre.

 En isoloir, ce soir là, j'ai eu le droit à la camisole chimique.

C'est une expérience atroce. Vous êtes énervé, en colère, triste, mais vos membres ne peuvent plus bouger.

Toute la colère, l’énervement, la douleur,... reste dans le corps. Vous voudriez bien bouger, mais vous ne pouvez plus. Vous êtes paralysé, à terre. Vous avez juste toute votre tête et votre haine.

 En isoloir, je n'avais le droit qu'à une cigarette, par jour. Je n'avais pas le droit de la toucher. C'est un infirmier qui me la faisait fumer. Je n'avais pas non plus le droit de manger seule.

Chaque fois que je me douchais, c'était en présence d'une infirmiere.

Je n'avais pas le droit de garder le savon. Je devais lui rendre, après savonnage.

Je n'avais strictement aucune intimité.

Dans l'isoloir, il y avait juste un matelas et un pot de chambre.

 Je suis tombée sur un psychiatre fou qui a décidé de m'y laisser 10 jours, alors que j'étais calme.

Quand il a voulu me laisser encore une semaine, je me suis énervée, je me suis tapée la tête contre les murs, et j'ai eu le droit, à nouveau, à la camisole chimique.

 Pour moi, c'était une double peine.

Je venais d'être violée, il fallait que je patiente pour savoir si j'avais le VIH (à cette époque là, on en mourait) et on me traitait comme une moins que rien.

Parfois, les infirmiers oubliaient même de me ramener mon repas.

J’étais aussi complètement droguée, tellement, que quand je buvais, l'eau ressortait par le nez.

 Au bout de 10 jours, je suis sortie de cet enfer, pour me retrouver avec les autres patients.

La vie n'est pas toujours triste, dans ce genre de structure.

Mais moi, j'étais complètement brisée.

Les infirmiers avaient bien compris ma détresse et m'ont aidé a remonter un peu, la pente. Je suis restée dans cette structure psychiatrique, un mois et demi.

 Après, je suis partie du domicile de ma mère, pour me mettre en ménage, avec mon compagnon de l'époque.

Nous habitions à Porte de Lilas et j'ai continué mes études.

Comme j'étudiais à Place de Clichy, pour me rendre à l'école, je devais obligatoirement passer par Barbes Rochechouart.

Et là, ça a été un calvaire.

Quand je prenais le métro, dès que je savais que j'arrivais à La Chapelle, je voyais le wagon se vider, les gens devenaient transparents, et dès que les portes s'ouvraient, je voyais mes violeurs, rentrer.

Le phénomène se reproduisait à Barbes Rochecouart.

Ensuite, plus rien. J'avais bien conscience que c'était mon cerveau qui me jouait des tours, mais j'arrivais au plus mal, à l'école.

J'ai tenu 7 mois, comme ça.

 A l'école, ça allait de plus en plus mal. J'avais beaucoup de mal à me concentrer et je n'arrivais presque plus à écrire.

Les professeurs commençaient à remarquer que ça n'allait pas. L’élève brillante déclinait.

 

Un jour, le prof de photographie, ma convoqué. Il m'a demandé ce qu'il n'allait pas, il ne me reconnaissait plus.

Je lui ai dit la vérité et lui ai fait promettre de le dire à personne.

Mais, il n'était pas le seul à s'apercevoir que je n'allais pas, malgré mes faux semblants.

 

Un après-midi, en cours de dessins, je dessinais sur chevalet et la professeur m'a fait une réflexion, sur mon dessin.

Je suis rentrée dans une colère noire et j'ai tapé dans le chevalet qui est tombé à côté d'élèves, qui préféraient dessiner parterre.

Ce jour la j'ai pris conscience que j'aurais pu blesser un élève.

J'ai été convoqué par la Directrice qui m'a dit qu'elle avait eu des retours de plusieurs professeurs et que ça n'allait pas.

Je n'ai eu d'autre choix que de lui dire la vérité.

Elle était dépitée. Elle m'a dit que je ne pouvais pas continuer dans ces conditions, que je n'arrivais plus à suivre et qu'il valait mieux que j'arrête l'école, pour me soigner.

J'étais en dernière année et tout mon avenir tombait soudainement, parterre.

La Directrice m'a dit que quand j'irai mieux, je pourrai reprendre mes études, dans cette même école.

Quand j'ai arrêté l'école, ma mère m'a coupé les robinets. Je n'ai eu d'autre choix que de trouver du travail, rapidement.

Mon rêve de dessinateur maquettiste venait de tomber à l'eau, car j'avais un appartement à assumer, avec mon compagnon.

Avec mon concubin, ça allait de plus en plus mal. Je n'arrivais plus à avoir de rapports intimes et lui aussi a été profondément traumatisé, par ce viol.

 Aujourd'hui, je suis partiellement remise de ce viol. A cause de médecin judiciaire, j'ai développé la phobie des MST